L’été avant la guerre – Helen Simonson

 

Été 1914, Beatrice Nash 23 ans, débarque dans la petite ville de Rye afin d’y prendre un poste de professeur de latin. Elle est accueillie par Agatha Kent, personnage respecté ayant appuyé sa candidature, qui l’aide à s’installer. Mais rien n’est simple pour Beatrice entravée par la tutelle imposée par sa famille depuis le décès de son père. Elle qui a toujours joui d’une grande liberté quand elle travaillait avec lui, la voilà qui doit rendre des comptes pour toutes ses dépenses et se retrouve presque à leur mendier son propre héritage.

En cet été précédant la guerre, Beatrice tente de trouver sa place entre une gentry à laquelle  elle n’appartient pas mais qu’elle doit fréquenter et ses élèves  issues de la campagne. Heureusement aidée par les neveux d’Agatha : Daniel et Hugh, elle s’adapte petit à petit.

Puis la Guerre est déclarée. Les hommes s’engagent, partent au front  et les premiers réfugiés arrivent à Rye…fragilisant l’équilibre de la petite ville et de ses habitants.

 

Après mon coup de coeur pour le précédent roman d’Helen Simonson : La dernière conquête du Major Pettigrew , c’est avec grand plaisir que j’ai plongé dans ce nouveau roman.

Pour Beatrice, jeune femme de 23 ans, l’ arrivée à Rye pour prendre le poste de professeur de latin n’est pas exactement celle qu’elle imaginait. Surtout que le poste en question ne lui semble pas tout à fait acquis contrairement à ce qu’on lui avait laissé croire. Fort heureusement les neveux d’Agatha Kent, femme de fonctionnaire du Foreign Office donc plutôt respectée par la gentry locale, prennent les choses en main de façon peu orthodoxe mais franchement efficace. Beatrice a le poste. Voilà donc un premier obstacle de franchi, mais plusieurs bâtons viennent se mettre dans ses roues. Elle, si indépendante, qui s’occupait des affaires de son père de son vivant, elle qui voyageait avec lui, réglait les facture et prenait les rendez vous…La voilà totalement muselée, dans l’impossibilité de faire le moindre achat sans en rendre compte à son tuteur légal. Elle est majeure, mais sans père ni mari elle doit se plier au bon vouloir d’une famille qu’elle ne connaît pas et qui méprise visiblement son style de vie, ce qui ne fait rien pour arranger ses affaires. Même écrire les mémoires de son père semble impossible.

Il y a ensuite plusieurs personnages qui m’ont vraiment plu comme Snout, un élève de Beatrice, très doué mais à qui on ne veut pas laisser sa chance car venant de la campagne on ne le considère pas comme un candidat respectable. Ou bien Agatha Kent, dont la personnalité diffère des autres femmes de cette gentry si guindée et pleine de principes.

Les deux jeunes hommes dont je parlais plus haut m’ont bien plu également, ils sont très attachés l’un à l’autre comme des frères mais on ne peut pas faire plus différents. Hugh fait des études de médecine auprès d’un chirurgien réputé et espère bien faire une grande carrière à son image aux côtés de sa fille qu’il apprécie particulièrement. Daniel lui est un poète et vit dans une insouciance totale, préparant un grand projet qui lui tient terriblement à coeur. L’arrivée de la Guerre, des premiers réfugiés et d’une campagne d’enrôlement va totalement chambouler leurs ambitions.

J’ai beaucoup aimé cette lecture, même si je l’ai parfois trouvée longue. Ce roman tourne donc autour de Beatrice, mais également d’une foule d’autres personnages. Helen Simonson traite d’un grands nombres de sujets comme la place de la femme au début du XXeme siècle, la différence entre la gentry et les autres, la façon dont les jeunes hommes se sont enrôlés dans la Guerre, les réfugiés et les horreurs qu’ils ont subies…. Beaucoup beaucoup de sujets, peut être trop pour moi et également  beaucoup de personnages.

On a ici beaucoup d’éléments pour me plaire : le charme des romans anglais qui se passent à cette époque, les décors, certains sujets abordés, le style de l’auteur qui me plaît toujours autant.  Cependant je n’y ai  pas retrouvé le petit truc en plus qui m’avait tant plus dans le Major Pettigrew. J’ai eu un peu l’impression qu’il y avait trop de choses traitées et j’ai eu du mal à m’y retrouver dans les personnages au début.

 

Mais c’est tout de même un roman que je recommande vivement, mais pour lequel il faut prendre le temps.

 

 

http://deslivresdeslivres.wordpress.com/2014/06/05/challenge-1-pave-par-mois/

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Le jardin blanc – Stephanie Barron

Jo Bellamy, paysagiste américaine se rend en Angleterre, à Sissinghurst dans le Kent plus exactement, pour étudier le fameux Jardin Blanc crée par Vita Sackville-West afin de le reproduire pour un de ses riches clients . 

Sur place, elle découvre dans les affaires des anciens jardiniers, des documents ayant échappé aux héritiers de Vita. Sur la couverture d’un carnet, le nom de son grand père : Jock . Il aurait travaillé lui même dans ce jardin. A l’intérieur, un journal intime qui semble être écrit de la main de Virginia Woolf grande amie de Vita. Curieuse, Jo le confie à un expert de Sothby’s. Effectivement la ressemblance dans l’écriture est flagrante ; mais il s’agit forcément  d’un faux : Virginia Woolf s’est suicidée la veille de la première date indiquée ….à moins que……

Commence alors pour Jo une enquête à la fois historique et personnelle. Qu’est il arrivé à Virginia ? Quel rôle a joué son grand père à l’époque ? Pourquoi s’est il suicidé juste après qu’elle lui ait annoncé son départ pour Sissinghurst ?

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Entre le moment ou Virginia Woolf  rempli ses poches de cailloux pour entrer dans l’eau de l’Ouse et le moment où son corps est retrouvé, il s’est écoulé 3 semaines. Ces 3 semaines, Stephanie Barron s’en est servie pour monter de toute pièce une histoire autour d’un complot : on aurait assassiné Virginia !

Je connais très mal la vie de Virginia Woolfe et de Vita Sackeville-West, à part quelques infos entendues ici et là sur leur relation ainsi que  la lecture de The Hours de Michael Cunningham il y a bien 10 ans. Il serait sans doute temps d’ouvrir les quelques romans et biographies qui sont sur mes étagères depuis des lustres. Je suis quand même allée un peu sur la toile me renseigner sur l’état d’esprit de Virginia au moment de son suicide histoire de cerner un peu mieux le personnage. Finalement, ne pas trop en savoir ici est peut être un avantage, afin peut être  d’éviter de penser « ce n’est pas possible parce que… » Mais ce n’est que mon impression.

J’ai trouvé l’intrigue plutôt crédible et j’ai pris pas mal de plaisir à la lecture de ce roman. J’ai particulièrement aimé tout ce qui concerne Virginia Woolf, Vita Sackville-West, leurs maris respectifs, le Bloomsbury group et la vie de l’époque, l’atmosphère si British. Il n’est pas vraiment nécessaire de connaître quoi que se soit sur les personnages car Stephanie Barron nous donne pas mal d’infos. Ensuite je me suis laissée prendre par l’intrigue, même si elle aurait pu être un peu plus poussée.  J’avoue que les passages entre Jo et son patron n’apportent pas vraiment grand chose et que certains événements sont un peu cousus de fils blancs, voir même un peu gros.

Peu importe, on passe un très bon moment. Je ne parvenais plus à lâcher le livre car ce qui m’intéressait le plus était savoir comment allaient s’imbriquer les pièces du puzzle et comment Stephanie Barron allait réussir à rendre crédible sa théorie toute romanesque. En effet l’auteur n’oublie pas de nous informer en note qu’elle aime inventer des histoires à partir de personnages ayant réellement existés (Jane Austen ou la Reine Victoria), exploitant les failles biographiques comme ici ces 3 semaines entre le suicide et la découverte du corps pour proposer une fiction, et seulement une fiction.

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Challenge 1% - 2013

Le journal de Frankie Pratt – Caroline Preston

J’avais remarqué ce livre, ou plutôt ce roman graphique, depuis longtemps et j’étais extrêmement curieuse de le découvrir.

Frankie Pratt est une jeune fille de 18 ans, élève brillante à Cornish (Nouvelle-Angleterre), elle rêve de devenir écrivain et de quitter son village. Pour son anniversaire, elle reçoit de la part de sa mère un journal intime . A l’aide d’une machine à écrire Corona et de tout un ensemble de cartes postales, coupures de journaux, papier, photos etc…c’est sous forme de Scrapbook qu’elle entreprend d’y consigner ses souvenirs. Son diplôme en poche, elle souhaite aller à l’Université de Vassar. Acceptée, elle doit cependant refuser par manque d’argent. Sa mère trouvera finalement le moyen de financer ses études et elle y passera 4 années, nouant une amitié avec sa camarade de chambre Allegra . Fille de riche New Yorkais, elle lui fait découvrir « son » envers du décors.

Après Vassar, Frankie se rend d’abord à New York et noue une relation avec le frère d’Allegra qui l’emmène dans toutes sortes de soirées pleines de personnalités, mais elle se rend finalement compte que ça ne marchera pas. Elle décide ensuite de quitter les Etats-Unis, traverse l’Atlantique à bord du « Mauretania » et s’installe dans le Paris des années 20.

Elle travaille  dans un premier temps dans la librairie Shakespeare and Company aux cotés de Sylvia Plath à qui elle loue une chambre . Puis elle y retrouve une « vieille connaissance », propriétaire d’un journal littéraire qui fait tout pour l’embaucher. Elle rencontre ainsi grand nombre d’écrivains connus ou moins connus de l’époque.

Gardant toujours en tête son rêve de devenir écrivain elle même, c’est finalement à Cornish, où elle a du rentrer pour aider sa mère malade qu’elle parvient à écrire…sa vie n’est peut être pas au bout du monde …

J’ai beaucoup aimé ce livre, plus pour l’objet je dois dire que pour l’histoire. En effet de par son style, le journal, Frankie nous raconte bien évidemment sa vie et j’ai parfois eu l’impression de lire un catalogue publicitaire plus qu’un roman d’apprentissage surtout dans la première partie. J’ai préféré le moment où elle se trouve à Paris.

Cependant, j’ai vraiment adoré la forme. Il s’agit d’un scrapbook et c’est à la fois très original et très documenté. Les textes sont écrits à la machine à écrire et il y a un nombre incroyable de photos, coupures de presse, tickets de cinéma, cartes postales, boites d’allumettes, publicités…

Il s’agit d’une véritable vitrine de l’époque et j’ai trouvé ça génial. L’auteur a fait un travail remarquable pour compiler cela.L’histoire est autant dans les textes que dans les archives. On croise nombre de personnes connues de l’époque (Hemingway, Joyce) et c’est très réaliste car  Caroline Preston s’est inspirée de l’amitié de sa grand-mère pour Sylvia Beach, libraire et éditrice, créatrice de la fameuse librairie Shakespeare & Co à Paris pour faire ce livre (La librairie d’origine n’existe plus, mais vous pouvez toujours vous rendre rue de la Bucherie dans le 5ème, l’actuelle librairie vaut le détour)

Une très belle réussite visuelle. Il parait que Caroline Preston travaille sur un nouveau scrapbook, et je serais curieuse de le découvrir, en espérant cette fois accrocher un peu plus à l’histoire.

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La dernière conquête du Major Pettigrew – Helen Simonson

Les best-sellers, je m’en méfie toujours un peu mais ce livre là me tentait vraiment depuis longtemps. Sur le papier, il promettait tout ce pourquoi j’aime  la littérature anglaise.

Nil Editions - 496 pages

Nil Editions – 496 pages

 

Dans le petit village d’Edgecombe Saint Mary (Sussex), la Major Pettigrew vit seul depuis le décès de sa femme. Entre une tasse de thé et un livre de Kipling, il trompe son ennui en jouant au golf ou en allant à la chasse avec quelques amis. Son fils vit à Londres mais ils ne s’entendent pas, ou plutôt ils ne se comprennent pas vraiment bien. Lorsque le Major apprend la mort de son frère Bertie, il est assez accablé. S’en suit une guerre avec sa belle-sœur au sujet d’un fusil qui devait lui revenir.

Etonnamment, c’est auprès de l’épicière pakistanaise, veuve également, qu’il trouve un certain réconfort. Aimant les mêmes choses, passionnés de littérature tous les deux, ils se retrouvent le dimanche pour discuter de Kipling autour d’une tasse de thé. Mais cela fait jaser la communauté bien pensante et leurs familles respectives. S’ajoutent à cela les déboires sentimentaux du fils du Major et les principes religieux du neveu de Madame Ali…leur relation est vite contrariée…

 

Voici un livre qui a tenu toutes ses promesses et qui m’a vraiment plu. On y retrouve effectivement tout ce qui me plait dans la littérature anglaise : ce style unique et cette ambiance toute particulière, le charme de la campagne anglaise, l’humour, l’indispensable tasse de thé, le Club House, les dames patronnesses qui veulent toujours bien faire (l’organisation de la soirée annuelle est absolument jubilatoire) et qui ont un avis sur tout et surtout sur tous (les joies des petites villes), etc..

On retrouve également le conflit de génération et l’incompréhension qu’il engendre. Le problème de communautarisme et les règles que cela impose…

Mais nos deux personnages sont vraiment très attachants. Leurs vies sont derrière eux et ils aimeraient les terminer sereinement – pourquoi pas avec un peu de tendresse, même si cela parait étrange à tout le monde, voir inconvenant…

Beaucoup de difficultés se glissent entre eux, mais elles les font finalement également réfléchir sur eux même, leurs habitudes, leurs certitudes…Et si finalement on pouvait changer à 70 ans et commencer une nouvelle vie ???

Challenge-anglais