Les invasions quotidiennes – Mazarine Pingeot

 

Joséphine, trentenaire parisienne, récemment séparée, mère de deux jeunes garçons et auteur de livres pour enfants, se débat dans son quotidien entre un futur ex-mari envahissant qui s’incruste régulièrement pour déverser son lot de reproches, une machine à laver récalcitrante, une colonie de poux, un banquier fatigué de ses découverts et un nouvel éditeur qui tient son avenir entre ses mains.

Peu soutenue par sa propre mère qui semble toujours lui reprocher elle aussi quelque chose, elle navigue à vue en interrogeant ses anges gardiens (Kant et comparses), donne des cours de philo, prépare ses prochaines histoires, et tente de rester zen au milieu de ce capharnaüm.

 

 

S’il y a une chose qui me fait plaisir, c’est de rire quand je lis…Et là j’ai ri, beaucoup . Quel personnage cette Joséphine !

C’est un doux mélange et je suis passée par plusieurs états avec elle. Elle m’a fait rire donc, ça c’est incontournable. Auteur reconnu de livres pour enfants aux héros animaliers malades ou handicapés, professeur de philo (tiens ça me rappelle quelqu’un) plus à l’aise dans ses conversations avec les philosophes morts qu’avec ses semblables, ne se refusant pas un petit verre de temps en temps, elle a une façon de traverser les événements toute particulière, limite borderline. L’épisode de la machine à laver est absolument désopilant .

Ensuite elle m’a attendri, énormément, quand elle est avec ses enfants, encore petits finalement, elle gère.

Et puis je l’ai plainte, d’avoir une mère aussi nulle (du haut niveau), un ex mari aussi c…Celui là ne semble pas avoir compris ce que veut dire « séparation », se pointe toujours au mauvais moment, passe son temps à se plaindre et a même le culot de tenter un retour assez pitoyable…Et contrairement à Joséphine qui fait toujours très attention de ne rien dire de désobligeant devant les enfants, il prend un malin plaisir à critiquer tout ce qu’elle fait, tout en l’appelant Charlotte (à cause d’une vieille anecdote familiale qui reste un peu comme une écharde dans les souvenirs d’enfance de Joséphine)

Alors évidement elle a quand même un peu un don pour se mettre dans des situations improbables, et j’ai eu plusieurs fois envie de l’interpeller pour lui dire : non, ne fais pas ça…. Quand on ne reçoit pas sa pension, est ce vraiment raisonnable de s’acheter un manteau ou des chaussures de créateurs ? Mais comment ne pas avoir de l’empathie pour cette femme confrontée au quotidien, peu mise en valeur au sein de son cercle intime, au bord de la dépression, en manque d’inspiration au pire moment ?

 

Voilà un roman qui m’a beaucoup plu, vous l’aurez compris. Joséphine, c’est la bonne copine qu’on pourrait toutes avoir, ça pourrait être moi (heu pas sur tous les points quand même 😉 ) . Et puis ça m’a fait plaisir de lire Mazarine Pingeot dans ce registre. C’est assez réussi car la qualité de son écriture se mêle à un style de littérature assez léger, j’adore.

 

 

Publicités

Ce que le jour doit à la nuit – Yasmina Khadra

Livre choisi dans le cadre de mon club de lecture, il est reste quelques temps sur mon etagere avant que je ne me decide. Un peu peur d’un enieme livre sur l’Algerie coloniale et la guerre. Mais sa « proprietaire » avait ete tellement enthousiaste que je me suis lancee et je n’ai vraiment pas regrete car c’est certainement un des livres qui marquera mon annee litteraire.
 

 

Julliard - 413 pages

« Mon oncle me disait : « Si une femme t’aimait, et si tu avais la présence d’esprit de mesurer l’étendue de ce privilège, aucune divinité ne t’arriverait à la cheville. » Oran retenait son souffle en ce printemps 1962. La guerre engageait ses dernières folies. Je cherchais Emilie. J’avais peur pour elle. J’avais besoin d’elle. Je l’aimais et je revenais le lui prouver. Je me sentais en mesure de braver les ouragans, les tonnerres, l’ensemble des anathèmes et les misères du monde entier. » Yasmina Khadra nous offre ici un grand roman de l Algérie coloniale (entre 1936 et 1962) une Algérie torrentielle, passionnée et douloureuse et éclaire d un nouveau jour, dans une langue splendide et avec la générosité qu on lui connaît, la dislocation atroce de deux communautés amoureuses d un même pays.

Quel magnifique roman. Yasmina Khadra nous dresse un portrait de l’Algerie a travers les yeux d’un jeune garçon que l’on va voir grandir.

Annees 30 – Suite a la perte de leurs terres, le pere de Younes emmene sa famille en ville, puis le confie a son oncle afin de lui donner une chance de reussir. Il va grandir dans ce quartier colonial pres d’Oran , se faire des amis qui seront Francais, Juifs, Algeriens, Espagnols…, decouvrir l’amour et puis la guerre.

Je l’ai trouve parfois naif, un peu lache, mais tres fidele. Sa famille, ses amis, la parole donnee : rien n’a plus d’importance pour ce jeune homme qui grandi ecartele entre deux cultures.

J’ai beaucoup apprecie de voir que Yasmina Khadra, d’origine Algerienne, a parfaitement su transposer les points de vue des differents protagonistes, sans juger. Et finalement on comprend les points de vue de tous. Son ecriture m’a completement seduite, j’etais la bas. Encore une histoire qui reste bien presente dans l’esprit longtemps après avoir referme le livre.